ENCYCLOPEDIE -DE--LA--LANGUE -FRANCAISE
 

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ABBAYE------------ ---------------------

Bas-relief de l'abbaye
de l'île-Barbe, à Lyon
--Le monachisme en Occident
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Des origines aux Mérovingiens



Le monachisme en Occident

Eglise saint-Austremoine à Issoire, timbre de Claude Haley.

 
Jusqu'au second siècle, l'Eglise chrétienne ne se partage pas encore en communautés distinctes de laïcs, clercs, clergé ou peuple. Une partie de ce que seront les charges monastiques ou cléricales était occupée par des laïcs, qui ont occupé jusqu'au IIIe siècle un rôle important dans le fonctionnement de l'Eglise, encore souvent réduite à pratiquer son culte dans le secret. Cela n'empêche pas la formation de communautés monastiques en Gaule, autour des premiers couvents. Nous allons maintenant tenter de rendre ce mouvement dans son ensemble mais, bien entendu, il faudra garder à l'esprit que ce ne sont là que des exemples, certes parmi les plus marquants dans l'histoire du développement de la chrétienté en occident, mais qui ne doivent pas faire oublier que ce sont là les jalons les plus marquants de l'histoire des abbayes, ceux dont l'histoire a retenu le nom. En Gaule, jusqu'à la fin du VIe siècle, on aurait ainsi construit un peu plus de 200 monastères. Sous diverses appellations, il aurait été fondé en France, plus de 15.000 abbayes avant le Conseil de Constance en 1415.

 
 

 

Monastère de l'île Barbe, Lyon, aquarelle

sources : http://jlge.free.fr/oeuvres/oeuvres.htm

Sur l'île Barbe (ou Ile Sainte-Barbe, Insula Barbara ), à Lyon (Lugdunum), une communauté existerait, en effet, dès le début du IIIe siècle ! "En 202, quand éclata la persécution de Septime Sévère, qui provoqua le martyre de l’évêque Irénée et de neuf mille de ses fidèles, deux chrétiens, Étienne et Pérégrin, se réfugièrent sur cette île où ils vécurent en ermites ; rejoints bientôt par plusieurs compagnons, ils formèrent une communauté qui se donna pour supérieur un nommé Dorothée – nom qu’avait porté un célèbre père des déserts d’Égypte. Vers 240, cette communauté était assez connue pour qu’un riche propriétaire, Longin, lui fît bâtir un monastère en dur et une chapelle sous le vocable de Saint-André, culte populaire en Grèce".
(texte extrait de la page web : http://www.clio.fr/article.asp?article=287&Auteur=149)

Un peu plus tard, c'est à l'initiative d'Austremoine, le premier évêque d’Auvergne, qu'est fondé vers 260 le monastère d'Issoire.

Au IVe siècle, la christianisation et, partant, la vie monastique, ne peuvent que prendre de l'essor, si l'on songe que l'année 313 est la date de la promulgation de l'édit de Milan, par l'empereur Constantin, premier Auguste, et le second Auguste, Licinius. Cet édit "accordait la liberté de culte aux chrétiens, et les femmes de sa famille se dévouèrent à la cause monastique. Sainte Hélène, mère de l’empereur, fit construire à Trèves, l’une des capitales de l’Occident, une bâtisse pour abriter la communauté réunie par l’abbé Jean. Vers 342, à Rome même, Constantina, fille de Constantin, éleva près du mausolée qu’elle s’était préparé (et qu’on appela plus tard Sainte-Constance) une basilique et un monastère féminin dédiés à sainte Agnès." (extrait de : cf. plus haut).

On a dit que saint Athanase avait, durant son exil à Trèves ( 333-338 ), "introduit la vie monastique en Occident" : ce qui a été dit précédemment suffit à montrer que c'est bien exagéré, même si son récit eut une influence certaine en Italie. Cet élan monastique suscitera en tout cas, et très vite, curiosité et admiration, colporté par plusieurs récits : saint Athanase écrit sans doute le plus célèbre d'entre-deux. Sa Vie de saint Antoine ( saint Antoine, dit Antoine le Grand, était l'un de ces premiers anachorètes) fait connaître plus largement qu'auparavant la vie de ces nouveaux Fous de Dieu. Nombreux sont, en effet, ces "fous de Dieu" qui errent, tels les moines " gyrovagues ", ou vivent au sommet d'une colonne, tels les " stylites ", vivant dans les arbres, tels les "dendrites", ou en plein air, ce sont les " hypètres "(du grec hypaithros qui signifie " en plein air " ou encore les " boskoi " ( pasteurs ), sorte de montagnards errants et végétariens. Parfois, ils emprisonnent leurs corps dans un espace restreint, tels les " kelliotes ", ou ne se nourrissent que d'herbes : ce sont les " brouteurs ".

Pour revenir à la vie monastique en Gaule, en ce IVe siècle, on connaît le monastère organisé, peut-être vers 342, par Jovinus (saint Jouin, + 380) à Ension (puis Saint-Jouin-les-Marnes, dans le Haut Poitou). On prête à Athanase (un peu trop de choses, visiblement) un rôle dans la conversion de saint Augustin et dans la fondation, par saint Martin, près de Poitiers, et avec le concours de saint Hilaire, du monastère de Ligugé (361), que l'on désigne traditionnellement comme le plus ancien des Gaules : Pourtant, nous venons de le montrer, cela ne tient guère la route. On retrouve, un peu plus tard, saint Martin à Marmoutier(372). Un peu plus tard, saint Augustin lui-même installe vers 388 un monastère de laïcs (servi dei) en son propre domaine familial à Thagaste (auj. Souk Harras, Souk-Ahras, en Algérie) et atteste de divers monastères à Carthage, dans la Numidie occupée par les Romains. Evêque d'Hippone, Augustin reconduit cette expérience communautaire, cette fois influencé par le monachisme romain dont nous venons de parler, fondant à son tour un monastère de clercs dans sa maison épiscopale.

En Gaule, en Italie, c'est un monachisme particulier qui naît avec les honorati, grands propriétaires convertis à la vie ascétique (de là l'origine du mot conversi : convers), qu'ils pratiquent dans leur propriété avec leurs gens, les visiteurs occasionnels, les pèlerins : ce fut le cas de Sulpice Sévère, chez qui on portait des habits en poil de chameau, comme les ermites égyptiens. On rencontre en des endroits très divers ces nouveaux moines aristocrates, qui participent aux premières expériences monastiques chrétiennes. On connaît Paulin (vers 345-431), un très riche bordelais émigré à Nole, près de Naples avec sa femme Terasia (aussi très riche) et leurs amis, auprès du tombeau d'un saint local, Felix, près duquel ils vivent en communauté. Il y a aussi Dardanus, ancien préfet du Prétoire, qui fonde à Sisteron une "cité de Dieu", installée sur ses domaines. Ces expériences ne sont aucunement un fait spécifique à l'Occident, car on les trouve appliquées dans tout le monde chrétien oriental (voir, en particulier la maison communautaire de Doura-Europos, en Syrie).

D'autres communautés monastiques sont formées aussi de laïcs, qui dédient leur maison familiale au culte. Ce sont surtout des femmes, souvent vierges ou veuves : l'idée que le mariage, le sexe, n'est pas compatible avec la vocation monastique est déjà bien ancrée dans les mentalités [après le IVe siècle, les ordres (ordines : au sens originel de catégorie) des vierges, des veuves ou des diaconesses, vont disparaître progressivement au profit des moniales]. Très vite, de nombreuses expériences communautaires privées vont évoluer, et de véritables fondations monastiques vont être érigées, souvent loin des villes (influence orientale). De nombreux exemples sont connus à Rome : Marcella, veuve après quelques mois de mariage, vers 358, adopte ce type de vie dans sa demeure de l'Aventin. Vers 382, on connaît la maison de Paula et sa fille Eustochium, poussés par Jérôme à l'étude de l'hébreu, des Saintes Ecritures, des commentaires de celles-ci. On peut citer la communauté de Lea et Proba. Toujours à Rome, au début du Ve siècle, Mélanie la Jeune (sainte Mélanie) convainc Pinien, son mari, de se séparer, avec leurs serviteurs, pour fonder un monastère chacun de son côté. Plus au nord, des communautés inaugurent une nouvelle formule, qui réunit l'évêque et ses clercs. Le premier de ces évêques semble avoir été Eusèbe de Verceil, en 363. Des communautés d'hommes sont connues à Milan, où prière commune, chant des hymnes, étude des Ecritures, jeûne et travail manuel sont l'essentiel de l'activité monastique : Ces communautés ecclésiales sont les ancêtres des communautés canoniales, mais le programme bénédictin n'est pas loin !

En 380, avec l’édit de Théodose, le christianisme devient la religion officielle. On a dit qu'en devenant ainsi une religion de masse, le christianisme a perdu de sa ferveur originelle et que beaucoup ont choisi l'érémitisme dans les déserts de la Haute-Egypte, particulièrement en Thébaïde pour fuir cette tiédeur spirituelle Il y a une part de vrai dans cela, mais cette explication n'est pas suffisante : il y avait un certain nombre de gens fuyant les dettes, l'enrôlement militaire, sans compter certaines charges publiques. En tout cas, les moines étaient déjà répandus partout au IVe siècle, et saint Jean Chrysostôme, mort en 407, s'est cru obligé d'écrire un livre contre leurs détracteurs.
 

Il y a ainsi de nombreux hommes désirant créer une nouvelle "cité de Dieu", selon la formule de saint Augustin :
en Gaule (la Gallia des Romains), en Italie (Italia), en Hispanie (Hispania, la péninsule Ibérique : l'Espagne et le Portugal actuels), en Armorique (Aremorica ou Armorica en latin, "qui vit près (are) de la mer (mor)" en gaulois, puis Letavia, (Létavie), enfin, Britannia Minor des Romains : c'est notre Bretagne), en Grande Bretagne (Britannia Major (ou Magna), l'actuelle Grande-Bretagne), en Hibernie (Hibernia, Irlande), en Afrique, la Maurétanie : Mauretania Tingitana (la Maurétanie Tingitane, partie du Maroc et Mauritanie) la Mauretania Caesarensis (Maurétanie Césarienne) et la Numidia (partie de l'Algérie), enfin, l'Africa Proconsularis : partie de la Tunisie, (appelée par les Berbères Ifriqya, Ifriqiya, Ifriquia, Ifriquya, Friqiyya) et de la Lybie actuelles.

En Gaule, sous la direction de l'évêque d'Apt, Castor, Honorat fonde Lérins (400), dont il est le premier abbé. Saint-Sernin est fondée vers 402, Cassien fonde Saint-Victor (qui deviendra Saint-Victor-de-Marseille) (415). Dans le courant du siècle serait fondées Psalmody (ou Psalmodie, à cause des louanges perpétuelles qui y étaient faites, voir laus perennis) et une de ses filles, Saint Roman de l'Aiguille, dans le Gard, la seule abbaye troglodytique d'Europe occidentale :

Psalmody, ruines de l'ancienne abbaye, près d'Aimargues, dans le Gard

Saint-Roman d'Aiguille, vestiges du monastère

Romain et Lupicin fondent Condat vers 425 (qui deviendra Saint-Claude, dans le Jura), mais aussi, vers 450, un monastère qu'on appellera en son honneur Romainmôtier (en Suisse, entre Orbe et Vallorbe, dans le canton de Vaud), enfin, La Balme (La Baume, sur la rive droite de la Bienne, appelée ensuite Saint-Romain-de-Roche, auj. sur le territoire de la commune de Pratz, dans le canton de Moirans-en-Montagne), où les deux frères installent leur sœur Iola comme abbesse. Le monastère de Saint-Martin d'Ainay (Athanacum, d'abord Saint-Pierre, puis Saint Pothin à Lyon) vers 430 est soutenu par le fils d'Eucher. Non loin de là, à Vienne, dans le Dauphiné, est construite sous l'évêque saint Mamert (+ 475), frère du poète Claude Mamert, une église funéraire où la plupart des évêques de Vienne seront enterré à partir de Mamert. Cette basilique deviendra une abbatiale bénédictine au VIe siècle : elle est un des plus vieilles abbatiales de France. Vers 435 est fondé à Auxerre le monastère Saint-Cosme-et-Saint-Damien (puis, Saint-Marien en 488, auj. disparue), par l'évêque saint Germain (Germanus) d'Auxerre (v. 418-448), sur la rive droite de l'Yonne.
 
Saint Patrick (vers 385-461), l'évangélisateur des Irlandais, fonde le monastère d'Armagh vers 445.

 

Sources :

http://notes.romanes.free.fr/images/rhone/lyon/ilebarbe/photos.htm (photo ile-barbe)
http://www.philatelux.com/philatelie/Timbres%20-%20afficher.php?annees=1973&num=005 (timbre)
http://www.plumart.com/vf1299/html/body_5112atelier.html
http://www.france-spiritualites.com/PTheopolisPierreEcrite3.html (Dardanus, gravure)
http://www.france-spiritualites.com/PTheopolisPierreEcrite2.html (Dardanus, photo )
http://www.ville-saint-laurent-daigouze.fr/pageLibre00010144.html (Psalmody)
http://www.abbaye-saint-roman.com/ (Saint-roman d'Aiguille)
 
 

 
 

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